Contexte d’émergence du projet

Les jeunes âgés de 18 à 35 ans font face à des conditions de travail se détériorant. En effet, on assiste à des bouleversements du monde du travail qui se traduisent par une hausse des emplois précaires (travailleurs et travailleuses à salaire minimum, avantages sociaux faibles ou nuls et accès à une syndicalisation limitée) et une montée du travail atypique (travailleurs et travailleuses autonomes, sur appel, contractuels, à temps partiel…). « Depuis une vingtaine d’années, plusieurs études ont mis en évidence le fait que les jeunes de moins de 25 ans se blessent suffisamment fréquemment au travail pour que cette situation devienne une préoccupation de santé publique ». Selon Statistique Canada, la proportion des travailleuses et travailleurs à statut atypique au Québec est passée de 16,7 % de l’emploi total en 1976 à 36,4 % en 2001. 46,5 % des jeunes de moins de 30 ans occupent un emploi dit atypique, cela se reflète dans des statistiques fort alarmantes :

• 60% des jeunes travailleurs et travailleuses ont des emplois dits atypiques.

• 24 000 jeunes travailleurs québécois et travailleuses québécoises se blessent au travail chaque année.

• Presque chaque mois, un jeune meurt au travail au Québec.

 

De telles statistiques s’expliquent par un certain nombre de raisons, notamment, par le manque considérable d’information et de sensibilisation quant aux normes du travail et à la santé et sécurité au travail dans les milieux de travail où évoluent les jeunes. Dans les commerces de petite taille, les travailleuses et travailleurs ainsi que leurs employeurs manquent considérablement de connaissances et d’outils concernant les conditions de travail et la santé et sécurité au travail. En effet, les travailleuses et travailleurs des commerces de petite taille ont difficilement accès à la syndicalisation et sont rarement joints par les instances gouvernementales et parapubliques (CNT ou la CSST). « Parmi les principales inquiétudes de la CSST concernant les jeunes travailleurs figure la méconnaissance de ces derniers vis-à-vis de leurs droits et responsabilités en matière de SST, de ceux de leurs employeurs et du rôle de la CSST ». Droit de cité, à l’instar des différents chercheurs de l’IRSST, a constaté à maintes reprises que les normes minimales travail ne sont pas toujours respectées dans plusieurs milieux de travail fréquentés par les jeunes. Il est à noter que « 63% des jeunes salariés sont victimes d’au moins une infraction aux normes du travail ». « 12 400 jeunes salariés ne reçoivent pas le salaire minimum (taux d’infraction : 4 %) ».

D’autre part, au Québec, aucune instance concertée de partenaires de provenances diversifiées ne se penche actuellement sur le travail précaire et atypique chez les jeunes , tendance s’accentuant pourtant de plus en plus. Une vaste documentation a pourtant été produite, dans les dernières années, identifiant de nombreux problèmes à l’égard de l’intégration des jeunes au monde du travail . Afin d’agir concrètement sur cette question, nous croyons fermement que le projet les Toiles des travailleurs et travailleuses de Montréal peut servir de projet pilote pour l’ensemble du Québec puisqu’il a déjà fait ses preuves en termes de retombées positives (voir Annexe 2). Le réseau des Toiles, est le seul au Québec à intervenir de la sorte (interventions directes de sensibilisation sur les normes du travail et à la santé et sécurité au travail dans les milieux de jeunes par une approche informelle et non partisane s’apparentant au travail de rue). Nous considérons donc comme primordial de développer, d’adapter et d’étendre cette expertise à d’autres régions québécoises.

De plus, les outils créés par les Toiles des jeunes travailleurs et travailleuses ont déjà capté l’intérêt d’acteurs importants dans ce domaine. Suite au constat que les jeunes sont clairement réfractaires aux modes d’intervention des institutions , Droit de cité a développé une approche souple et individualisée, complémentaire à celle des grandes institutions du monde du travail. Par exemple, l’IRSST utilise actuellement la documentation développée par les Toiles des jeunes travailleurs et travailleuses pour mener à bien une recherche avec des travailleurs et travailleuses au Saguenay. La CSST utilise, quant à elle, plusieurs outils ayant été développés et éprouvés auprès de groupes témoins mis sur pied par Droit de cité. La Commission des normes du travail fait fréquemment appel à Droit de cité pour valider les documents destinés aux jeunes de 14 à 25 ans.

Ainsi, nous considérons comme essentiel, et ce, pour l’ensemble du Québec, de mettre en place un réseau de concertation et d’intervention nationale à propos du travail précaire et atypique chez les jeunes.